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Perutz, Léo
Le cavalier suédois (+++)
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A ceux qui ne connaissent pas encore Léo Perutz, qui ne sont pas encore sous son charme, un seul conseil: Le cavalier suédois. Comme toujours chez cet écrivain, la maîtrise de la construction romanesque et la richesse de l’intrigue se mêlent à un suspens savamment entretenu pour le plus grand bonheur du lecteur. Christian, noble chevalier suédois empreint d’illusions, est obligé de fuir l’armée pour avoir défendu d’un soufflet, l’honneur de son roi adoré devant l’outrage d’un de ses généraux. Sa cavale l’amène à rencontrer un voleur dont il bénéficie de l’entraide et qui accepte d’aller voir son oncle pour lui prendre de l’argent et des vêtements à son nom. Ainsi est lancée une machine infernale qui dévoile progressivement ses rouages dans la réalisation du projet fou qu’échafaude le voleur. Il ne faut pas en dire plus, sinon que les aventures s’enchaînent, ravissent le lecteur et le conduisent vers un dénouement bluffant. Tel est l’art de Léo Perutz, mettre une érudition historique, une vivacité de ton, un savoir-faire dans la narration, des figures hautes en couleurs, des thèmes puissants au service de son histoire et du plaisir du lecteur. Les habitués ne seront pas surpris par le caractère implacable du destin, de la fatalité, une espèce de deus ex machina qui pousse le personnage principal vers une fin imprévisible mais inéluctable, en faisant un pion pris au piège de ses désirs et de ses sentiments, de ses aventures, de son histoire qui finissent par avoir raison de lui et de son projet. Le cavalier suédois est un excellent livre qui fait une part belle, de manière très originale, au thème de la substitution et de l’identité.
La neige de saint-pierre (+++)
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Léo Perutz est un maître dont le talent éblouit à chaque œuvre. La neige de saint-pierre ne déroge pas à la règle. Le docteur Amberg, personnage principal, se réveille un matin dans un lit d’hôpital, blessé. Rapidement, il se rend compte que les dires de l’infirmière et du staff médical sur le temps passé dans le coma, la raison de sa présence en ces lieux sont en contradiction avec ses souvenirs. L’implacable mécanique du suspens est lancée et fonctionne parfaitement par une succession de chapitres brefs. Le docteur Amberg déroule son histoire et laisse s’installer le doute. Qu’est ce qui s’est vraiment passé ? Où se trouve la réalité ? Dans sa version des faits ou dans celle du staff médical ? A-t-il vraiment vécu ces aventures qu’il nous conte ou a-t-il simplement été victime d’un accident de voiture ? La vrai question est qu’est ce qui est réel ? Qu’est ce qui ne l’est pas ? Qu’est ce qui nous permet de le déterminer ? Où se situe la frontière entre le rêve et la réalité et donc entre la folie et la raison entre le vrai du factice, le tangible de l’irréel ? Cette distinction n’est-elle pas artificielle au fond ? Jusqu’au bout du livre, on est interpellé par ce thème, d’autant plus que l’auteur s’ingénue à brouiller les pistes, notamment en fin de livre. Comme toujours chez Léo Perutz, l’art de l’intrigue et le sens de la narration entraînent le lecteur dans un moment de plaisir qui n’est pas uniquement pure distraction. Il y a des interrogations profondes, sous-jacentes, qui bénéficient de l’érudition historique et scientifique pour nous heurter. Dans ce livre, n’est pas seulement en question le thème de la réalité explicité plus haut, Léo Perutz pose d’autres questions que nous ne pouvons ignorer. Pourquoi la foi en Dieu s’éteint-elle progressivement ? Quelle foi ? En quel Dieu ? La science peut-elle tout expliquer, tout se permettre, est-elle vraiment maîtresse de ses conséquences ? Quid de sa vanité ? Et de celle de la destinée ? L’auteur propose, dans un formidable mélange de genres mâtinant son récit d’un peu de fantastique ou de mysticisme comme à son habitude, un récit passionnant, maîtrisé, fort d’idées et marqué…par le sceau de la fatalité. Très bon.
Le judas de Léonard (++)
Le dernier livre ecrit par ce grand auteur. S’il n’est pas son meilleur, il n’en reste pas moins bon, plaisant et sans aucun doute au-dessus de la moyenne contemporaine. Léo Perutz fait intervenir comme à son habitude l’histoire et spécialement la peinture de la cène par Léonard de Vinci à Milan. C’est bien sûr prétexte à nous conter l’histoire de l’Allemand joachim Benahim, empreinte d’une fatalité dans laquelle l’amour et l’argent ont le beau rôle. Ce roman ci est surtout agréable par sa tonalité légère, son humour et par les talents évidents de dialoguiste de l’auteur. Ses thèmes familiers, sa technique de narration ne sont ici que procédés pour concourir à un petit livre charmant. Un bon petit moment.
Le maître du jugement dernier (+++)
Le célèbre comédien Eugène Bischoff se donne la mort dans sa demeure à Vienne, en 1909. On accuse le baron Von Yosch de l’avoir poussé au suicide pour renouer des liens amoureux avec sa femme Dina. Seul, Solgrub, un ingénieur présent au moment du suicide, défend le baron et se lance dans une enquête surprenante. Avec talent, Perutz ménage son suspens jusqu’à un dénouement inattendu, comme souvent chez lui. Son récit captive le lecteur en mêlant brillamment le fantastique, le psychologique au policier. On le lit d’une traite, pressés par l’envie de savoir. Surtout que ce conteur exceptionnel insémine avec intelligence, dans ce récit prenant, une problématique sur la question de l’artiste asséché, privé d’inspiration ou de talent.
Où roules-tu, petite pomme ? (++++)
Léo Perutz est un génie de la narration qui sait emprisonner son lecteur au fil des pages. Son art consommé du suspens nous scelle au héros Vittorin, et nous roulons, petites pommes à la botte du romancier. Nous courons après Vittorin et sa soif inextinguible de vengeance envers Sélioukov l’infâme, spectre introuvable, autrefois son geôlier. Nous le suivons en Russie durant la guerre révolutionnaire, puis en Turquie, en Italie, en France. Mille vies, mille péripéties, une épopée vengeresse unique marquée du sceau de la fatalité et de l’échec. La vengeance coûte cher, et Léo Perutz s’interroge sur la folie et l’ineptie de ce sentiment. Le livre se termine dans un final bouleversant sur la tristesse douce amère de la comédie humaine dans toute sa vacuité. Exceptionnel. Le meilleur de l'auteur.
Le marquis de Bolibar (++++)
Avec Léo Perutz, le plaisir de lecture est total, intense, l’abandon inévitable devant une telle maîtrise de la narration. L’aventure est au bout de sa plume virtuose d’imagination, de suspens. Il sait raconter. Dans le marquis de Bolibar, il s’appuie, comme dans la troisième balle, sur une trame historique enrichie de fantastique. Comment deux régiments allemands ont-ils été anéantis par une guérilla réduite dans une petite ville d’Espagne durant les guerres napoléoniennes ? La fatalité si chère à l’auteur n’est pas loin, elle ensorcelle les personnages, nous tient en haleine et déroule cette histoire incroyable vers l’inéluctable. Perutz enferme ses héros dans un histoire aliénante, dans un processus de grande échelle que rien ne semble pouvoir arrêter, une mécanique infernale. Sans doute est-ce pour cela que Borges parlait à son sujet de « Kafka aventureux ». Impressionant.
Le tour du cadran (++++)
La mécanique est implacable, normal, elle est conçue par Léo Perutz. C’est donc un bijou de finesse et de suspens qui conduit fatalement Stanislas Demba vers le tragique. Léo Perutz est simplement génial. Son héros est une fois de plus piégé dans une admirable structure romanesque qui délie admirablement le fil de la fatalité. Les aventures s’enchaînent en redoublant d’inventivité, de trouvailles et d’intelligence, précipitant le livre vers un final réussi. A partir d’un tour de cadran et de l’idée de mains entravées, le chef d’œuvre est tissé de main de maître. Impossible de lâcher l’histoire, de ne pas être impressionné, Perutz est grand.
Le miracle du manguier (++)
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Quel est le secret de ce vieux baron, sensé accomplir des exploits physiques incroyables ? Et celui de sa très ravissante fille, qui a conservé une jeunesse d’âme charmante ? Pourquoi tient-il tant à sauver la peau de son jardinier indien qui est mourant ? Pourquoi se cacher de sa fiancée, la belle actrice ? Autant de mystères noués autour d’un miracle livré au bout du livre. On suit le bon docteur, bien obligé de mener l’enquête. Evidemment, il y a un grand plaisir de lecture, une maîtrise du suspens, un peu d’humour, la plupart des ingrédients qui font de l’œuvre de Léo Perutz, un véritable trésor. Cependant, le miracle du manguier est un Perutz en mode mineur. C’est une question de maturité sans doute, mais plus sûrement de détails. Le poids de la fatalité romanesque est absent, et l’évidente maîtrise de l’écriture et de la narration de l’auteur cèdent totalement au dénouement très fantastique ici. En fait, beaucoup de choses se laissent trop facilement deviner.
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