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Oyono, Ferdinand
Une vie de boy (+++)
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Une vie de boy est un classique de la littérature africaine. Paru peu de temps avant les indépendances en Afrique de l’ouest, il apparaît comme un témoignage de valeur sur la condition noire sous la colonisation, bien que le livre soit un roman.
Une vie de boy est composé de deux cahiers qui constituent le journal intime du jeune Toundi. Ce jeune indigène y rapporte ses aventures depuis qu’il a décidé de quitter la demeure familiale rejoindre l’église du père Gilbert et échapper à une correction de son paternel. C’est le point de départ d’une existence qui sera placée sous le signe de la servitude. En effet en rejoignant l’ecclésiaste, Toundi gagne un toit et un couvert et apprend à lire et à écrire mais emprunte aussi la voie du boy – servant – qu’il poursuivra chez le commandant Decazy.
Etre Boy n’est pas une synécure, c’est un métier difficile – présent aux aurores et service jusqu’à minuit – aux contours flous – l’essentiel est d’être disponible et corvéable à merci – qui est riche en brimades, en humiliations – coups, retenues salariales, insultes…Toundi trime et essaie de donner satisfaction à ses maîtres blancs. Outre la description de la difficile situation du personnel domestique chez le colon blanc, le métier de Boy permet de pouvoir observer de plus près les maîtres.
Les portraits effectués par Toundi qui est au contact étroit avec les colons blancs permettent d’en savoir plus sur les opinions de ces derniers sur les noirs, la colonisation ainsi que sur leurs comportements, les mœurs en vigueur dans le microcosme colonial. Toutes les opinions traversent le journal de Toundi, le mythe du bon sauvage, les clichés racistes, les espoirs d’apport de civilisation façon Jules Ferry entre autres. Tous les comportements sont là aussi. Ceux qui s’adaptent à l’Afrique, vont jusqu’à coucher avec les noirs, ceux qui en profitent, ceux qui ne l’aiment pas et en souffrent.
Une vie de Boy est un livre parfois drôle, surtout dans sa première partie, avec des anecdotes amusantes, un ton parfois léger et moqueur, des observations justes et piquantes, mais sa tonalité générale est tragique. C’est une dénonciation indirecte de la servitude, du traitement infligé aux noirs, du racisme, de l’inhumanité qui trouve illustration dans la trajectoire du personnage principal Toundi.
Ce boy efficace et plein de bonne volonté, avide d’apprendre, un peu naïf, est malheureusement confronté à une réalité moins vertueuse que lui. Au fur et à mesure qu’il en apprend sur les colons blancs, sur le commandant et sa femme notamment, ces derniers baissent dans son estime. Ils le lui rendent bien en le traitant chaque jour moins bien, se défaussant sur lui de leurs fautes, de leurs erreurs, l’accablant un peu plus chaque jour. Il paie pour eux.
L’écriture de Ferdinand Oyono n’est pas révolutionnaire mais permet de coller aux aventures de Toundi et de ressentir les difficultés de sa condition. Il y a une simplicité et une naïveté qui ne paraissent pas feintes et qui rendent l’œuvre touchante. Une vie de Boy vaut le détour.
Le vieux negre et la médaille (+++)
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Le vieux Meka a renie ses ancetres et sa culture pour se convertir au catholicisme. Il a donne ses terres, s est avance dans la pauvrete pour cette chere eglise. Il est meme alle jusqu a donner ses fils a une folle guerre au-dela de son imagination qui les a emporte. Heureusement pour tout ca, il aura la reconnaissance des blancs, des colons materialisee sous la forme d une medaille. C est par ce jeu du ridicule et meme de l absurde que Ferdinand Oyono denonce la colonisation et ses faux bons sentiments, son mepris, son manque de respect du noir, de l indigene avili, humilie et exploite. Ce qu il y a de dramatique, c est la grandeur que confere cet honneur, cette medaille a Meka aux yeux des autres indigenes jusque hors de sa propre contree. Le complexe d inferiorite des indigenes est ainsi demontre. C est le blanc qui determine la valeur des etres avec un simple bout de metal. L auteur retranscrit a merveille le traitement infantile de ces blancs qui transpirent les sentiments indignes meme dans ce qu ils veulent comme des gestes de reconnaissance et d amitie. Le jeu sur le comique de situation offre un eclairage sombre sur la periode coloniale sans faire dans le melodrame et accentue la denonciation de cette periode tragique par le jeu des contraires. Et que dire de la lucidite qui brusquement va saisir la femme de Meka puis ce dernier devant l absurde de cette medaille, de cette aventure de la colonisation, du joug qu ils subissent ? Les personnages vont en pleurer, puis en rire de tout ca, pour finir par reveler quelque chose de profondement marquant: l impuissance de ces gens, de leur monde devant une nouvelle donne de leur histoire, le blanc. Il y a une verite a laquelle ils ne peuvent echapper. Ils sont vaincus et qu est ce qui pourra les guerir de cette tristesse du perdant, de l opprime, de celui qui voit mourir en lui quelque chose qui est peut etre lui ? Rien, pas meme la lucidite, l humour ou le ridicule que quelque part, ils essaient de renvoyer a ces gens qui leur ont tout pris. Sans doute jusqu a leur ame.
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