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Jonquet, Thierry
La bête et la belle (+++)
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Thierry Jonquet écrit des polars uniques. Le coupable a tué le visiteur, mais est-il aussi le meurtrier de la vieille, du gamin et du commis ? L’inspecteur Gabelou enquête, se basant sur les cassettes de confession du coupable dans lesquelles il relate ses méfaits. Il n’est pas le seul, l’emmerdeur, employé des assurances, essaie lui aussi de tout démeler et surtout d’incriminer le coupable dans tous ces crimes afin d’exonérer sa compagnie de certains frais. Mais le coupable étant à l’article de la mort, le seul témoin valable, celui qui sait tout, mais qui ne dira rien, c’est le vieux Léon. Le lecteur s’embarque dans l’affaire, habilement menée. Petit à petit, la vérité va pourtant se révéler et on saura qui est le vieux Léon, son rôle dans toute cette affaire. Thierry Jonquet détourne habilement le conte classique de la belle et de la bête, à sa façon, unique et originale. Et si la belle n’était pas l’ange du conte, mais un démon persécuteur, une ambitieuse, une chieuse, une perverse adultère ? Et si la bête n’était pas ce que l’on pense exactement ? Et si le prince dans tout cela était un être tourmenté et malade ? Les faux semblants sont nombreux et l’auteur révèle de colossales surprises dans son dénouement. Il ne fait pas que mener en baraque le lecteur à travers les mystères, il décrit aussi l’univers étriqué d’une petite ville quelconque entre un monde ouvrier à la dérive et une classe plus que moyenne en souffrance. Encore plus impressionnante que cette toile de fond, est la façon dont Thierry Jonquet traite d’une dérive mentale, d’une réelle solitude, d’ambitions cachées et déçues, de son personnage principal à la fois absent et omniprésent : le coupable. Son angle de narration à travers le vieux Léon donne une modestie à toute cette affaire qui implose à la fin. Il y a quelque chose d’essentiel du drame conjugal, de la pente douce de la folie, de la mascarade des apparences sociales, de la solitude qui perce dans ce livre, au-delà de la performance narrative et des bonnes astuces de Thierry Jonquet. Bon.
Mygale (+)
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Alex est un jeune homme pas très futé, complexé par ses origines paysannes, qui se retrouve seul, en cavale, après un hold-up. S’il a réussi à obtenir une somme rondelette, il a en revanche tué et commis de nombreuses erreurs. Blessé, il est désormais recherché par la police. Richard lui est un chirurgien plastique de renom qui semble entretenir une étrange relation avec Eve, la jeune femme qui partage sa vie d’une drôle de façon. Un secret régit leur fonctionnement atypique. La haine semble les lier autant que leurs pratiques peu orthodoxes. Qu’est ce que tout cela a en rapport avec la fille de Richard enfermée dans un hôpital psychiatrique ? Et quelle est donc cette histoire d’enlèvement, de torture, de projet démoniaque qui évolue parallèlement à ces personnages ? Cette histoire dans laquelle un jeune homme est enlevé, enfermé dans une cave et livré à un homme aux desseins incertains ? Pour relier ces personnages, les comprendre, il faut arriver au bout du livre de Thierry Jonquet. Sur un rythme soutenu, avec un certain sens du mystère et une mise en scène réussie de la torture sous différents aspects, Thierry Jonquet écrit une ode à la vengeance, ce vain sentiment qui est un Deus ex machina qui finit par faire voler en éclats, les secrets, les personnages et les secrets de cette histoire. Les cinéphiles peuvent penser à Old Boy et à la trilogie coréenne sur la vengeance de Park Chan Wook. L’histoire est assez originale pour un polar qui se lit vite et happe le lecteur de manière assez habile. Bon moment.
La vie de ma mère (+++)
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Peut-on écrire comme l’on parle ? Voilà une question idiote qui a pourtant souvent été l’objet de polémiques littéraires. La réponse devient évidente après la lecture du livre de Thierry Jonquet. Oui, on peut écrire avec talent comme on parle, et en faire l’une des forces principales de son ouvrage. Une grande partie de la vitalité, du sel, du mordant du livre vient du phrasé parlé du personnage principal, jeune adolescent de la banlieue parisienne qui raconte son histoire. La manière dont Thierry Jonquet s’empare de la langue de banlieue, de ses expressions, de ses tournures est impressionnante. C’est plus qu’un artifice ou une performance. Il ne s’agit pas seulement ici pour l’écrivain de rentrer dans la peau d’un adolescent français de banlieue parisienne. La langue est un puissant vecteur de crédibilité et surtout la porte d’entrée vers l’univers mental de ces jeunes qu’on qualifie désormais assez rapidement de sauvageons et leur univers déglingué, parallèle au nôtre, tellement loin alors qu’il est géographiquement si proche, tellement déglingué, déconnecté. Le héros du livre raconte son histoire avec verve et narre ses péripéties avec sincérité, alternant le rire et le plaisir du lecteur avec la consternation et le tragique. Incognito, bien avant d’autres, Thierry Jonquet nous parle d’un monde malade, il nous décrit un univers plutôt glauque, noir et difficile dans lequel la vie avance tant bien que mal. En nous faisant rire, en nous secouant parfois les tripes, il pointe ce que nous ne pouvions pas voir mais qui se pointait à toute vitesse : la montée de la délinquance, de la violence, encore plus chez les mineurs, la percée de l’islamisme, le communautarisme latent, l’échec de l’école, etc. Ce livre est d’autant plus appréciable que cette aventure dans la banlieue est aussi un apprentissage de la vie, des sentiments avec cet adolescent attachant qu’est le héros. Peu importe si l’on devine rapidement le dénouement, impossible de bouder son plaisir. Vivant et réussi.
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