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Hrabal, Bohumil
Moi qui ai servi le roi d’Angleterre (+++)
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Grandeur et décadence d’un homme. Voilà l’histoire de ce livre. Il a rêvé d’être riche, de posséder son propre hôtel de luxe. Parti au bas de l’échelle, en tant que groom, il a travaillé dur, appris, bénéficié de coups de pouce. Moi qui ai servi le roi d’Angleterre est un livre d’initiation original dans sa première partie. Le narrateur découvre la vie à travers un métier, un univers – celui de l’hôtellerie de luxe. Les femmes, l’argent, l’ambition, le pouvoir, le prestige, les sentiments, tout semble lui tourner autour et lui tomber dessus, vite, à travers des aventures, des histoires truculentes, drôles, riches. Bohumir Hrabal peint avec force et causticité l’avant seconde guerre mondiale. Le capitalisme flambant, la bonne chère, le luxe, les plaisirs, la débauche. La deuxième partie du livre marque la fin de l’innocence et de l’apprentissage et la brusque entrée en scène de l’histoire. Il n’y a pas de longueurs contrairement à la partie précédente. Voici nos amis les allemands qui viennent tout écraser et le petit narrateur ambitieux qui se noie dans l’amour…avec une allemande. La guerre et ses atrocités ? Bohumir Hrabal les raconte à sa façon, les péripéties du narrateur pour devenir un digne époux allemand. Tout y est en décalé, l’horreur de la guerre, l’idéologie nazie, l’occupation, le racisme, l’absurdité de cette folle entreprise, la collaboration, la résistance. Un concentré dont le cœur est la litost (cf. Milan Kundera) la honte du narrateur brusquement exposée aux yeux du monde. C’est aussi dans cette deuxième partie que le narrateur trouve la clé de sa fortune. La grandeur tant attendue, le faste tant espéré arrive. Grandeur dont le prix est à mesurer à l’aune des mésaventures subies. Grandeur qui apporte tout sauf peut-être quelque part l’essentiel. Cette troisième partie est brève. Le faîte de la grandeur ne dure jamais aussi longtemps qu’on le croît. Et vite l’histoire est encore là, qui écrase tout, et le petit narrateur et ses rêves. Cette fois-ci c’est le rêve rouge et la décadence. Bohumir Hrabal se moque des failles de l’histoire de son pays sans écarter le tragique. Il brise son héros pour le livrer dans la dernière partie du livre à la maturité et à la rédemption, à la plénitude, loin de l’ambition, loin du tumulte de l’histoire, à l’abri, ouvert sur un autre rêve, celui de se raconter et de se comprendre. Le livre est une fourmilière d’anecdotes, d’histoires enchaînant, mêlant le tragique et le comique, le pathétique et le grandiose, la grande et la petite histoire, pour créer et narrer un destin dans un souffle puissant et continu, une voix présente et intense, une langue vivante.
Une trop bruyante solitude (+++)
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C’est un livre sur un vieil homme dont la vie tourne autour de sa vieille presse qui lui sert à pilonner du papier. Ce qui ne pourrait être qu’un sordide emploi est toute sa raison de vivre, car il ne fait pas que broyer du papier pour en ressortir des ballots, c’est un artisan de la presse, un travailleur du papier qui choisit ses ouvrages pour donner valeur et sens à chaque balle. C’est par la figure originale de ce vieillard à la tâche insensée de Sisyphe que Bohumil Hrabal aborde l’amour, la passion des livres, du savoir. Il exalte des chefs d’œuvre et dresse une ode à la littérature. Son vieillard solitaire est un héros antimoderne qu’il dresse contre une société communiste qui écrase l’Art. Ce dernier essaie d’une façon absurde et un peu ridicule de sauver les livres et leurs messages dans une solitude effrayante et pathétique. Il se dresse contre la modernité qui essaie de l’écraser ou de l’enrôler, contre l’histoire qui essaie de le broyer, de le prendre dans sa roue infernale. Nazisme, communisme, productivisme moderne, uniformisation, Histoire, la critique est fine et voilée derrière les obsessions et les histoires un peu dingues de ce vieillard solitaire qui représente aussi un monde qui ploie et qui meurt. Les amateurs de style ne seront pas déçus non plus avec une gouaille, une voix, un rythme qui font exister le vieil héros et donner vitalité et puissance à l’inventivité offerte par chacun de ses souvenirs, chacune de ses péripéties.
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