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Gary, Romain Emile Ajar
Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable (+++)
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Jacques Rainier est un industriel de la fin des trente glorieuses qui se voit confronté à un triple déclin: celui de son entreprise devant la montée en puissance des grands groupes transnationaux, celui de l'europe qui se dessine donc en arriere-plan et surtout celui de sa virilité, de sa vitalité. Ce au moment même ou la soixantaine sonnante le voit lancé dans une grande histoire d'amour avec Laura, une jeune et fougueuse brésilienne, sa cadette de plus de trente ans. Il y a chez l'auteur, une habileté indéniable à développer des analogies entre la puissance sexuelle, physique de l'homme et ses activités, ainsi qu'avec les mouvements, développements historiques du vieux continent. On peut voir là une sorte de noeud autour du phallus parfaitement maîtrisé par l'auteur qui joue sur un theme pas aisé: celui de la vieillesse, du déclin et plus précisément avec audace, celui de l'impuissance sexuelle masculine. Je crois que c'est un des rares romans à aborder ce sujet, qui plus est avec réussite. L'intelligence et l'humour se marient pour offrir un traitement subtil - il aurait tellement été facile de faire dans le graveleux - de cette faiblesse. Dans ce récit, elle est d'autant plus criante, qu'elle s'insère dans une histoire d'amour qui arrive à éviter ainsi quelques clichés et un sentimentalisme trop gâteux. Le livre frappe par sa drôlerie, sa causticité, et ce n'est pas seulement du aux situations cocasses, aux dialogues malins ou aux anecdotes ahurissantes. Le personnage principal y joue un grand rôle. C'est une espèce de faux sosie de l'auteur - il y a eu polémique a l'époque sur la vitalité sexuelle de l'auteur!- qui garde tout le temps une certaine ironie, de la distanciation, une lucidité amère et mordante quant à cette situation d'impuissance. Le pathetique, le risible côtoient l'angoisse fondamentale du mâle. En fait, le lecteur ne peut qu'être ravi, pour en revenir à un aspect purement littéraire, de l'élégance du style et du personnage de Romain Gary. Il créé avec aisance, une espèce de proximité avec le lecteur et un grand plaisir de lecture. C'est la force des grands écrivains de pouvoir s'emparer de n'importe quel sujet et de le traiter sans se nier, sans rapetisser. Drôle, alerte, intelligent, Romain Gary comme d'habitude.
Les racines du ciel (++++)
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On peut parler au sujet de ce livre de visee ecologique comme ca l'a ete fait et comme le precise l'auteur lui-meme dans la preface. Le sujet principal est la folle aventure de Morel, un francais exile en Afrique pour defendre et proteger les elephants, victimes de la chasse touristique, sportive et du braconnage, du commerce de l'ivoire. Pousse a bout par l'evidente vacuite de ses demarches administratives et de ses petitions, il va prendre le maquis, dans une logique folle, pour defendre sa cause et lui donner plus de resonnance. Le voici bientot suivi par une troupe heteroclite de partisans avec laquelle il va se faire entendre bien au-dela de ses esperances. Il ne faut pas en dire plus, juste que c'est une lecture relativement pauvre que de limiter cette oeuvre a son seul aspect ecologique, car il va bien au-dela et plonge vigoureusement dans l'humanisme. Oui, ce livre est un appel a plus 'humanite, a la poursuite d'une certaine noblesse, dignite humaine, loin des ideologies nefastes de ce siecle, des illusions du tout puissant progres technique. C'est une idee martelee tout au long du livre et qui 'appuie de maniere magistrale sur les personnages. Ils mettent en valeur cette solitude de l'etre humain devant sa condition, devant son besoin de consolation, son aspiration a l'infini, a quelque chose de plus grand, de plus noble. Une envie de ne pas toujours etre en deca de ce qu'il peut etre. Cette solitude est criante, elle nous explose au visage, tant chacun des personnages, obsede par son passe, par son ambition a le depasser, est touchant, epais et dur d'un caractere monomaniaque. Romain Gary m'epate toujours.
La vie devant soi (++++)
Un chef d’œuvre. Il est impossible de raconter cette histoire d’amour atypique entre Momo, le jeune arabe d’une dizaine d’années et Madame Rosa, l’ancienne prostituée au bord de la sénilité qui l’élève. Comment dire l’émotion qui ne nous lâche jamais, les larmes entre deux rires ? On ne peut cesser d’écouter Momo raconter son histoire incroyable. Comment Gary a t-il pu être cet enfant original qui apostrophe la vie, la réalité avec une lucidité simple et acide, avec une langue torturée mais vraie, drôle ? Ce livre est bouleversant. Il faut le lire pour embrasser un monde incroyable peuplé de personnages fantastiques, Madame Lola, Monsieur Hamil, le docteur Katz, etc, pour suivre des aventures extraordinaires, et par dessus tout, pour la force inouïe du récit. Il faut le lire absolument parce qu’on n’a pas toujours la vie devant soi.
Chien-Blanc (+++)
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Un chien Blanc en 1968, aux Etats-Unis, c’est un chien dressé pour attaquer les noirs. L’arrivée inopinée d’un de ces chiens chez Romain Gary est le point de départ de cet excellent roman. C’est une façon originale d’aborder le problème noir qui, à cette époque, est à son paroxysme en Amérique. Romain Gary explore avec un regard critique pertinent, les problématiques et implications de cette situation complexe. Son humour teinté de cynisme est maintes fois salutaire tant ces aventures entraînent des rencontres avec la bêtise. Ici, ni misérabilisme, ni cachotteries, Romain Gary parle de tout, ouvertement, les guerres internes du mouvement noir, les illusions, les écueils de ce dernier, mais aussi, la folie blanche, la culpabilité, l’hypocrisie ultra présente dans les milieux favorables aux noirs, notamment à Hollywood. On n’a pas beaucoup de points de vue d’écrivains français sur ce sujet. Il y a une réflexion profonde qui joue avec intelligence et discrétion sur l'histoire personnelle de l'auteur, s'appuie sur l'actualité et l'aventure particulière de ce fameux chien blanc pour nous éclairer. Le final est à sa façon, une leçon. Très bon livre. Pertinent et empli d'humanisme.
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