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Dos Passos, John
U.S.A (++++)
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Mes mots sont hesitants devant l'enthousiasme que je voudrais transmettre après la lecture de cette trilogie (42eme parallele; 1919 ou l'an premier du siecle; la grosse galette). U.S.A est un des livres que j'admire le plus, un cataclysme dans ma vie de lecteur. Cette oeuvre est une des plus ambitieuses de l'histoire de la litterature mondiale et doit retrouver la place qui est la sienne. A l'heure où beaucoup se plaisent à s'affirmer comme ecrivains sans prétention - traduisez sans ambitions littéraires, mais financières ou autres oui - U.S.A mérite que l'on s'y attarde un peu. John Dos Passos, dans une folie laborieuse et une inspiration remarquable, a décidé de capturer - rien de moins que cela - les trente premières annees du vingtième siecle aux Etats-Unis. Folie que les plus grands, Balzac, Zola ne renieraient pas. Avaler, emprisonner et restituer trente ans de réalité dans une volumineuse trilogie!!!? Le pire est qu'il y arrive. Avant de poursuivre, je veux m'étendre sur la méthode qui a autorisé ce tour de force. John Dos Passos réussit son pari en créant une forme originale d'écriture, un projet narratif, une technique littéraire inédits. U.S.A appréhende le pays éponyme sur la période précisée selon trois focales, différentes dans leurs visées et dans leur fonctionnement. La première est une tentative osée de capter la grande histoire et d'en faire le bruit de fond, l'arrière-plan du livre. L'auteur y arrive par un collage spécial de titres, d'articles de journaux, de chansons populaires, de messages publicitaires. La seconde focale plus classique est une narration romanesque qui utilise un angle normal en sautant d'un personnage à l'autre. C'est le coeur du roman. Enfin, la troisieme focale est un point de vue intime, plus étroit, plus autobiographique de la vie de l'auteur durant la période historique du roman. Cette technique, déroutante au premier abord, est agrémentée de portraits de personnages célèbres de l'époque. Vu ainsi, on pourrait être rebuté, penser à une mécanique pénible, sauf qu'il y a un miracle de l'écriture, de la technique qui nous retiennent, nous agrippent jusqu'à ce que le chef d'oeuvre démontre son formidable potentiel. On suit plus d'une dizaine de personnages qui représentent chacun - dans leur personnalité et leur évolution - une facette de la réalité de l'Amérique décrite. On passe du marin vagabond, au boursicoteur flambeur en s'attardant sur un soldat, un syndicaliste, un publicitaire ou encore un artiste. On les prend, on les abandonne en route, pour les retrouver plus tard, les voyant se rencontrer, s'influencer, se défier, se faner, s'élever, former un tableau vivant et mouvant, pertinent de la société américaine de cette époque - et même des moeurs humaines en general. Ce tableau et ses personnages, ô miracle de la technique littéraire, se fondent dans une histoire commune qui elle-même s'engonce dans l'histoire avec la majuscule dont ils rendent un aspect particulier en retour d'une épaisseur admirable. Alors que l'on est déja impressionné, on découvre aussi que les personnages du roman, leurs idées et leurs trajectoires peuvent être mis en relation avec les portraits des personnalités célebres de cette époque. La mécanique est implacable, le génie révélé. Je ne ressens même pas la nécessité de vous dire qu'il y a à l'interieur de cette création, l'amour, l'amitié, la haine, la rivalité, la grandeur, la décadence, la bassesse, la réussite, la misère, l'ambition et tous ces grands mots présents en minuscules dans nos existences et qui nous font palpiter. A la fin de ce panégyrique que j'assume pleinement, je ne peux que me demander comment a t on pu laisser tomber un silence relatif sur une oeuvre d'une telle ampleur, d'une telle créativite et inventivité ? Chaque fois que je parle de U.S.A, je pousse un cri qui est une invitation à gravir cette montagne, parce qu'une fois au sommet, le paysage, les idées et les sentiments n'ont pas d'egaux. Magistral.
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