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De Lillo, Don
Cosmopolis (#)
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Que peut bien être la vie d’un de ces multimillionnaires de la finance encore dans la fleur de l’âge ? Que peuvent-ils bien penser ? Qui sont-ils, ces nouveaux dieux qui jouent avec des masses monétaires inimaginables sur des places immatérielles, baignent dans un univers chiffré dont l’unité de mesure même nous effraie, parient sur des basculements du monde qu’ils provoquent tout aussi bien ? Le roman de Don De Lillo s’attache à suivre l’un d’entre eux au cours d’une journée pour nous révéler un vide abyssal et provoquer un profond ennui. La vie du héros est un néant existentiel qui essaie de prendre consistance dans le sexe, dans le risque financier, dans le mépris de l’autre, du réel, dans une approche, une lecture plus que brumeuse du monde qui sent le blasé, l’artificiel, le nihilisme simpliste. Cette journée qui remplit toutes ces pages est d’un insipide qui envahit le lecteur. Il n’y a rien à retirer de ce héros et de cette journée. La faute à Don De Lillo ? Peut-être. Il y a quelque chose de faux, de peu crédible qui émerge de cette œuvre. Il y a une certaine fadeur et une dose trop conséquente d’attendu, beaucoup de bavardage et de remplissage aussi. Les personnages à peine ébauchés sonnent creux, les idées voltigent avant de se révéler être des ballons de baudruche percés, les situations peinent à accrocher, le grandiloquent final est trop attendu et mis en scène de sorte à ce qu’il n’arrive pas à sauver toute l’oeuvre. Pourtant des idées intéressantes émergent, une société de consommation sujette à des heurts de rebelles révoltés contre le système et ses représentants dans des crises plus ou moins agressives par exemple, ou encore quelques théories jetées par ci-par là. Il y a aussi le style inimitable, l’écriture riche de sens de l’auteur et sa volonté d’empoigner le réel (par la langue justement). Mais est-ce suffisant ? Grande est la déception devant la faiblesse générale du roman par rapport à la réputation de l’auteur, l’ambition sous-jacente et l’attente que peut générer un tel sujet. Décevant.
Body art (#)
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J’aimerais bien que l’on m’explique ce que Don DeLillo a bien voulu faire et montrer avec ce livre, ses intentions exactes. Vraiment. C’est un raté qui caractérise bien cet auteur. Il part souvent d’une grande ambition – ce qui est fort louable et souhaitable – pour arriver à des résultats qui interpellent ou alors qui horripilent, n'arrivent pas souvent à convaincre. Malheureusement, Body art n'est pas sa meilleure production, malgré cette écriture riche qui tente de s'imbiber de sens, de puissance pour être un formidable outil. Elle tourne à vide dans ce livre. Il y a une grande vacuité qui rend pénible la lecture et brouille complètement le traitement des thèmes du livre – bien flous d’ailleurs... La première et interminable scène est réllement ennuyante et je ne vois pas en quoi elle sert le livre. Tout comme d’ailleurs la foison de dialogues inutiles avec l’étrange inconnu surgi de nulle part. On est dans un flou total duquel émergent difficilement des questions sur le rapport au corps et l’absence d’autrui, du compagnon. L’irruption du personnage de l’étrange inconnu aurait pu donner un quelconque intérêt, souffle à tout ceci. Rien n’y fait, Don DeLillo divague, erre dans les détails, nous assomme de dialogues vides et d’impressions microscopiques. Il cède à ses pires travers qui fatiguent le lecteur, dévident l'oeuvre et font douter de la reputation qu’il a acquise. Insipide.
Mao II (+++)
Une œuvre à part. L’empreinte de la foule et de la solitude. Les masses de l’ère de la surpopulation, pauvres, anonymes, perdues. Et de l’autre côté la solitude extrême de l’écrivain Bill Gray avec son œuvre, la solitude aussi des autres personnages, Scott, Karen et Brita. Il y a t-il aujourd’hui une alternative à ces deux extrêmes ? Don DeLillo explore cette question à sa façon, obsessionnelle, intime. Il y a toujours de l’errance autour de ses personnages, en quête d’on ne sait quoi, en bute à la modernité, à l’époque. L’histoire et ses grands sabots est elle aussi omniprésente. L’histoire et les masses. Le livre de Don De Lillo est de ceux qui interpellent. Parce qu’il affronte son époque, pousse le lecteur à la réflexion. Parce qu’il est puissant d’une écriture tendue, acérée, au cœur de son temps. Parce qu’il est bizarre aussi. J’ai plutôt aimé.
Outremonde (++)
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Outremonde est une entreprise colossale qui laisse une impression étrange. On hésite réellement entre crier au génie ou clamer une petite déception. L’œuvre est ambitieuse essayant d’incorporer la grande histoire, l’Amérique, la modernité dans les vies de quelques personnages. Ce n’est pas toujours réussi, mais Don De Lillo explore avec originalité son monde, le passé, en parlant de la bombe atomique, des déchets, de l’art, d’un match historique de Base-ball, d’un tueur en série et de bien plus. Sa force est de faire de la mémoire collective une richesse pour ses personnages, et vice versa. Seulement, le lien est souvent lâche entre les histoires, avec l’Histoire et on a vraiment envie d’élaguer, parfois noyés dans des errements, des bavardages et de nombreux moments vides. Avec quelques coups de serpes, on devine un monument de littérature. Il faut cependant tenir le coup, aller au bout pour tout comprendre, remettre l’œuvre, les personnages en perspective, déjouer la structure narrative complexe et chronologiquement torturée. Les personnages ont alors une épaisseur rare, une présence forte qui récompense l’effort. Et puis l’écriture de Don De Lillo est riche de fulgurances, d’épines empoisonnées, incroyablement nourrie de sens, en empoigne avec les êtres et les choses. Dommage que parfois il se laisse porter par elle vers des voies vides et interminables. Une oeuvre atypique sur laquelle un avis définitif est difficile. A relire pour les courageux obsessionels. J'ai été impressioné.
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